Partisan No7 • Le 27 août 2011
Le débat sur le relèvement du plafond de la dette publique aux États-Unis et les nombreux soubresauts que les marchés boursiers ont connus au cours des derniers jours viennent contredire les discours triomphalistes des politiciens et commentateurs politiques bourgeois des deux côtés de la frontière, qui se réjouissaient en affirmant que le capitalisme était «relancé pour de bon». Voilà que le spectre d’une énième récession hante à nouveau les investisseurs et spéculateurs de tout acabit… et c’est tant pis pour eux!
Les travailleurs et les travailleuses, quant à eux, savent très bien que la récession que l’on a connue en 2008-2009 n’était pas qu’un mauvais moment à passer: pour eux et elles, cette récession ne fut qu’un épisode de plus de cette grande période de crises économiques, sociales et politiques, dans laquelle le système capitaliste mondial est désormais englué. Et ces crises, ce sont eux et elles qui les subissent et qui en paient le prix dans leurs vies de tous les jours.
De fait, ce sont des centaines de milliers, voire au-delà d’un million de travailleurs et de travailleuses qui ont perdu leur emploi au cours des trois dernières années au Canada. Les économistes bourgeois nous disent qu’autant, ou presque, de nouveaux emplois ont été créés, mais ils se gardent bien de préciser qu’il s’agit de jobs bien plus précaires et mal payés que ceux qui ont été perdus.
Mais la réalité du capitalisme d’aujourd’hui, ce ne sont pas que ces pertes d’emplois. C’est aussi cette pression constante, cette tendance toujours plus lourde à la pressurisation et à la surexploitation. Les capitalistes exigent que l’on travaille toujours plus vite et dans des conditions toujours plus difficiles, pour des salaires toujours plus bas. Leurs gouvernements exigent que l’on paie plus de taxes, d’impôts et de tarifs de toutes sortes, pour renflouer leurs déficits créés par toutes ces aides et ces subventions qu’ils leur ont si généreusement attribuées pour les aider à se sortir du trou dans lequel ils se sont eux-mêmes enfoncés.
Dans tous les grands pays capitalistes, les gouvernements adoptent des plans d’austérité, véritables concentrés de mesures antipopulaires et de renforcement des dispositifs de répression étatiques. Dans plusieurs pays d’Europe, en particulier en Grèce, en Espagne, en Irlande et en Grande-Bretagne, ces plans d’austérité ont déjà commencé à entraîner leur lot d’attaques contre les travailleurs, les travailleuses et les masses populaires.
Moins de services sociaux, plus de prisons, des licenciements massifs à coups de dizaines, voire de centaines de milliers de postes dans la fonction publique… Cela ne vous fait-il pas penser à ce que le gouvernement Harper nous prépare, lui qui se propose de réduire les dépenses publiques de plus de 11 milliards de dollars au cours des quatre prochaines années?
On dit que le Canada a été «épargné» par la crise et qu’il s’en est mieux tiré que les autres pays capitalistes occidentaux: c’est peut-être vrai pour le grand capital et les banques, mais ce n’est certainement pas le cas pour nous! Et puis, si la chute des grands indicateurs économiques fut moins spectaculaire ici, l’avenir ne s’annonce pas rose pour autant. De fait, le Canada finira inévitablement par être frappé, sous l’effet domino des catastrophes économiques qui secouent certains de ses partenaires européens et états-unien en particulier.
Les crises du capitalisme amènent leur lot de misère et de tragédies, mais elles suscitent aussi les révoltes et la résistance. Cela, on le voit de plus en plus clairement, et spectaculairement. Le monde actuel n’est plus seulement en bouleversement: il est en ébullition!
Les révoltes qui ont secoué la Tunisie, l’Égypte, le Yémen, Bahreïn, le Maroc, la Jordanie et d’autres pays encore depuis le début de l’année, et dont l’impact est encore loin d’être fini; celle qui se poursuit en Syrie; les grandes mobilisations de masse que l’on a connues en Espagne; la résistance vigoureuse et exemplaire du peuple grec, qui a pris la forme de confrontations violentes et soutenues avec les forces de l’ordre; la splendide rébellion de la jeunesse et des étudiantes et étudiants en Grande-Bretagne; la poursuite des guerres populaires aux Philippines et en Inde; les mobilisations étudiantes au Chili: c’est maintenant le monde entier qui tend vers la révolution. Les masses ouvrières et populaires en ont assez de la misère et de l’oppression. Elles ne croient plus aux beaux discours des capitalistes. Elles veulent vivre autrement, dignement.
Cette tendance à la révolution, les capitalistes de tous les pays la constatent et la craignent, ce pourquoi ils consacrent de plus en plus de ressources à grossir leur appareil répressif, leur police, leur armée, leurs prisons.
Rédigé par un ancien résistant âgé de 93 ans, le court manifeste intitulé Indignez-vous! s’est vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires en France. Il a inspiré la formation de ce grand mouvement des indignéEs en Espagne. S’indigner contre «l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au “toujours plus”, à la compétition, la dictature des marchés financiers…» comme le propose Stéphane Hessel, c’est bien: c’est le début d’une prise de conscience nécessaire, d’une rupture avec le consensus social et idéologique dans lequel les capitalistes ont réussi à nous enfermer pendant trop longtemps.
Se révolter contre l’ordre actuel des choses, c’est encore mieux, et ça s’avère même un réflexe de survie élémentaire.
Et lutter pour la révolution, pour le socialisme et l’éradication de ce fléau qu’est le capitalisme, c’est s’assurer d’un avenir – le nôtre et celui de l’humanité tout entière!
