MONTRÉAL
800 personnes à la manifestation anticapitaliste du 1er mai
DRE No1784 mai 2008[web ou pdf]

Pas moins de 800 personnes ont participé à la manifestation anticapitaliste et autonome organisée pour souligner la journée internationale des travailleurs et travailleuses, le jeudi 1er mai à Montréal. Fruit du travail commun d’une vingtaine de groupes sociaux, politiques et communautaires, cette impressionnante mobilisation témoigne du potentiel qui existe au Québec pour une lutte plus offensive contre le pouvoir bourgeois – un potentiel qui ne demande qu’à être déployé. La force de cette mobilisation a d’ailleurs suscité la crainte des autorités, qui ont choisi de faire fi des droits démocratiques supposément protégés par la démocratie bourgeoise et d’envoyer leurs hordes de fiers-à-bras (les flics du SPVM) briser la manifestation.

Le rassemblement avait eu lieu comme prévu sur la Place Valois, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Après un repas communautaire qui a attiré un grand nombre de prolétaires du quartier, des militants et militantes des organisations participantes ont pris la parole pour dénoncer la guerre impérialiste en Afghanistan, la gentrification de ce quartier populaire, l’oppression des femmes qui marque encore les rapports entre le capital et le travail, et l’exploitation des travailleurs et travailleuses immigrantEs. Un membre du comité de liaison responsable de la manifestation a souligné l’importance de prendre la rue le 1er mai, au même moment où le font des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses partout sur la planète, et de le faire sous la bannière de l’anticapitalisme. Il n’est en effet plus d’endroit au monde où le système capitaliste-impérialiste n’a étendu ses tentacules; et c’est ce système qui est responsable de la misère, des guerres et des famines qui causent des souffrances innommables à des millions d’êtres humains.

Vers 18h30, la manifestation s’est mise en marche, sous haute surveillance policière. Les flics étaient nombreux, incluant les habituels «undercovers», l’escouade à vélo du SPVM et surtout, des douzaines de policiers anti-émeute qui suivaient la manifestation en parallèle, une rue au nord. Néanmoins, la foule était enjouée, diversifiée et animée, dans l’esprit du 1er mai. Bien au fait de la tenue de la manifestation, la population du quartier est venue participer à la fête; certaines personnes venaient s’enquérir des objectifs des manifestantes et manifestants, et bon nombre n’ont pas hésité à se joindre à l’événement.

Le Parti communiste révolutionnaire (PCR), qui a soutenu l’organisation de la manifestation, était bien sûr présent et animait un contingent fort coloré, où on retrouvait notamment les bannières de l’Unité socialiste des IranienNEs à Montréal, du comité Fahad contre l’intervention impérialiste au Moyen-Orient, du Comité pour un Secours rouge canadien et du groupe Résistance ouvrière de la région du Suroît.

Les manifestantes et manifestants étaient prêtEs à une longue marche: tant qu’à prendre la rue, aussi bien le faire de manière à exprimer haut et fort notre message au maximum de travailleurs, de travailleuses et d’oppriméEs! Sur les dents, la police se demandait bien quel était l’objectif de la manifestation; de toute évidence, elle n’attendait qu’un prétexte pour décréter qu’il s’agissait d’un «attroupement illégal» et suspendre le droit de manifester.

Ce prétexte, certains diront que la police l’a elle-même créé, lorsqu’elles a laissé deux ou trois boneheads notoirement connus dans le quartier s’approcher et provoquer les manifestantEs (sur la photo, on voit ces fauteurs de trouble marcher derrière une voiture banalisée, de laquelle un flic filmait leur «performance»).

Quelques minutes à peine après l’inévitable échauffourée qui s’en est suivie (qui s’est produite à l’extérieur de la manifestation), les flics de l’escouade anti-émeute sont apparus de tous bords, tous côtés, et se sont rués brutalement sur les manifestantes et manifestants, à coups de matraques et en faisant usage de poivre de cayenne. Ils s’en sont pris indistinctement aux passantEs, aux personnes âgées et aux familles, n’hésitant pas à renverser une poussette et à terroriser les enfants en état de panique. On peut voir, sur cette photo, un résident du quartier incapable de se relever, après avoir été lâchement frappé à la jambe.

Une partie des manifestantes et manifestants ont alors réussi à emprunter une voie de sortie et à poursuivre leur trajet en direction de la station de métro Papineau, où ils et elles ont pu se disperser en sécurité. Au moins sept personnes ont été arrêtées par la police; deux d’entre elles n’ont été libérées que le lendemain et font maintenant face à des accusations criminelles, dont une de «voies de fait sur un agent de la paix» (sic).

L’intervention sauvage de la police, qui aura réussi à mettre fin à la manifestation du 1er mai, ne doit pas obscurcir l’importance de cet événement. En prenant la rue le jour du 1er mai derrière une orientation et des mots d’ordre clairement anticapitalistes, les manifestantEs se sont en quelque sorte réapproprié le 1er mai et lui ont redonné son sens véritable. Il importe que les militantEs et les groupes ayant participé à cette initiative en fassent le bilan et en tirent toutes les conclusions. Nous y reviendrons, pour notre part, dans le prochain numéro du journal Le Drapeau rouge, qui paraîtra le 21 mai et qui comprendra aussi des témoignages et un reportage sur le 1er mai ailleurs dans le monde.

Voici la liste des groupes qui ont appuyé la manifestation anticapitaliste et autonome du 1er mai: Anarkhia, Apatrides anonymes, Association irrationnelle pour un Québec libertaire, Carrefour Québec-Cuba, Cellule rouge de Drummondville, Centre d’appui aux Philippines, Centre des travailleurs et travailleuses immigrantEs, Comité BAILS Hochelaga-Maisonneuve, Comité des sans-emploi Montréal-centre, Comité pour un Secours rouge canadien, La Pointe libertaire, l’Observatoire de l’Asie centrale et du Moyen-Orient, Organisation populaire des droits sociaux (OPDS), Parti communiste révolutionnaire, Personne n’est illégal – Montréal, PINAY (Organisation des femmes philippines à Montréal), Solidarité sans frontières, Union Locale de Montréal -NEFAC-, Unité socialiste des IranienNEs à Montréal.