Célébration de l’unité du prolétariat et de la lutte pour le communisme
DRE No179 • 11 mai 2008 • [web ou pdf]
Dans le dernier numéro du Drapeau rouge-express (n° 178, le 4 mai 2008), nous avons présenté un bref compte-rendu des manifestations qui ont eu lieu au Canada le 1er mai dernier (essentiellement à Montréal, Québec et Vancouver) pour souligner la journée internationale des travailleurs et travailleuses. Événement internationaliste par excellence où l’on célèbre la lutte du prolétariat mondial contre le capitalisme et l’impérialisme, le 1er mai a cette année encore été marqué par de nombreuses manifestations, d’un bout à l’autre du globe. En voici un compte-rendu partiel.
Dans plusieurs pays où la fête du 1er mai possède un caractère plutôt institutionnel, d’importantes manifestations ont eu lieu de nouveau; il faut savoir que malgré qu’elles soient autorisées et encadrées par le régime et les syndicats officiels, ces manifestations restent un moment privilégié où les travailleurs et travailleuses peuvent exprimer leur colère contre les attaques qu’ils et elles subissent et dans certains cas, leur opposition au développement du capitalisme privé, dans les pays où régnait autrefois une forme de capitalisme d’État qui se présentait officiellement sous l’apparence du «socialisme». Ce fut le cas notamment en Russie, où on rapporte que pas moins de deux millions de personnes ont participé aux traditionnels défilés du 1er mai, placés sous le signe de la dénonciation de la hausse du coût de la vie.
Le même thème fut repris en France, où la participation fut toutefois moins importante, eu égard à la tradition que le 1er mai y représente. Environ 200 000 personnes ont en effet participé aux différentes manifestations qui ont eu lieu à travers le pays: ce chiffre peut paraître impressionnant à première vue, mais il faut savoir qu’il s’agit du total des participantes et participants aux quelque 150 manifestations qui y ont eu lieu. C’est dire que certaines étaient peu nombreuses. On notera qu’à Paris, quelques milliers de travailleurs et travailleuses sans papiers se sont jointEs à la manifestation organisée par les centrales syndicales CGT et CFDT, afin d’exiger leur régularisation.
En Allemagne, on dit que plus de 400 000 personnes ont participé aux rassemblements officiels, pour exiger principalement l’instauration d’un salaire minimum unique à l’échelle du pays. Poursuivant une tradition désormais bien établie, plusieurs manifestations à caractère antifasciste, anticapitaliste et révolutionnaire ont aussi eu lieu. À Hambourg et Nuremberg, des milliers d’antifascistes (7 000 et un millier, respectivement) se sont mobiliséEs pour s’opposer aux rassemblements organisés par un parti néo-nazi, le Parti national-démocrate. Comme de raison, la police s’en est pris aux manifestantes et manifestants antifascistes, utilisant allègrement les canons à eau et le poivre de cayenne. Plusieurs antifascistes ont d’ailleurs été arrêtéEs.
À Berlin, une manifestation «pour un premier mai révolutionnaire» a eu lieu pour une douzième année consécutive dans le quartier prolétaire et immigré de Kreuzberg. Partie avec environ 800 militantes et militants, la manifestation a fini par rassembler plus de 4 000 personnes. La dénonciation de l’occupation impérialiste en Irak et en Afghanistan et des menaces de guerre contre l’Iran, ainsi que la solidarité avec la Palestine, étaient au cœur des slogans et des discours qui ont été prononcés. Plusieurs organisations maoïstes étaient impliquées dans l’organisation de cette manifestation, dont les «communistes révolutionnaires d’Allemagne», le Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan, le Parti communiste de Turquie (marxiste-léniniste) (centre maoïste) et le Parti communiste maoïste de Turquie et du Kurdistan du Nord. Un peu comme cela s’est produit à Montréal, la police s’est livrée à des provocations tout au long du trajet, qui ont servi de prétexte à une attaque brutale visant à empêcher la manifestation de se rendre à destination. Les manifestantEs ont tout de même réussi à entonner L’internationale avant de se disperser.
Plus près de nous aux Etats-Unis – d’où le 1er mai tire son origine – d’importantes manifestations ont eu lieu pour une troisième année consécutive, axées sur la lutte pour la régularisation des millions de travailleurs et travailleuses sans papiers, qui constituent une importante section exploitée du prolétariat états-unien. Des manifestations ont eu lieu notamment à Boston, Tucson (Arizona), Detroit, Atlanta, Washington, San Francisco, Los Angeles et Chicago, où plus de 20 000 personnes ont marché pour les droits des immigrantEs, en présence des artistes Tom Morello (de Rage Against the Machine) et Ben Harper, qui ont chacun livré une performance.
À New York, les milliers de personnes présentes en ont profité pour exiger la justice pour Sean Bell – ce jeune Afro-américain assassiné par la police la veille de son mariage il y a deux ans, et dont les flics meurtriers viennent d’être acquittés par la justice bourgeoise et notoirement raciste qui sévit aux États-Unis. On doit également souligner la grève des quelque 25 000 membres de la International Longshore and Warehouse Union qui ont paralysé pas moins de 29 ports sur la côte ouest des États-Unis pour dénoncer la guerre impérialiste contre l’Irak.
Dans les pays dominés par l’impérialisme, des manifestations ont également eu lieu un peu partout le 1er mai, dont plusieurs furent marquées par la crise alimentaire qui frappe des millions de pauvres un peu partout sur la planète.
À Istanbul, en Turquie, au moins 530 personnes ont été arrêtées par la police lors d’une manifestation à laquelle participaient des dizaines de milliers de personnes. À chaque année, l’État turc tente d’empêcher la célébration du 1er mai, mais il n’y est pas arrivé cette fois-ci, en dépit du déploiement massif des forces de l’ordre.
À Santiago du Chili, on rapporte que la police a procédé à au moins 96 arrestations lors de la manifestation à laquelle participaient plus de 20 000 personnes – cela, après que «des personnes masquées» (dixit l’Agence France-Presse) se furent détachées de la manifestation pour attaquer une succursale bancaire «à coups de pierres et de bouteilles».
Au Salvador, ce sont également environ 20 000 personnes qui ont manifesté le 1er mai, pour exiger que des mesures soient prises pour pallier la pénurie des produits alimentaires. Il est intéressant de noter qu’au tournant des années 1990, alors que la guérilla avait été défaite et que le mouvement ouvrier avait été pratiquement décapité dans ce pays, la tradition du 1er mai s’est maintenue par des manifestations spontanées qui partaient des différents quartiers de la capitale, en-dehors de tout encadrement des syndicats et partis traditionnels.
Des rassemblements au même effet ont eu lieu dans plusieurs pays d’Afrique, notamment à Dakar (au Sénégal), à Nairobi (Kenya) et à Durban (Afrique du Sud). Au Maroc, plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer les conditions exécrables des travailleurs et travailleuses, dans la foulée de cet événement tragique qui s’est produit le 26 avril alors qu’une soixantaine d’ouvrières ont perdu la vie dans un incendie qui s’est déclaré dans une usine de matelas, dont les portes étaient verrouillées et les fenêtres grillagées.
Au Népal, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans la capitale, à peine quelques jours après la spectaculaire victoire remportée par les maoïstes dans le cadre de l’élection à l’assemblée constituante. S’adressant à la foule, un porte-parole du parti maoïste, Krishna Bahadur Mahara, a réaffirmé l’engagement du PCN(M) de donner suite aux aspirations populaires en formant un nouveau gouvernement provisoire. Des représentants de la Ligue des jeunes communistes – une organisation de plus de 200 000 membres largement décriée par les secteurs réactionnaires – et de la All Nepal Trade Union Federation ont également pris la parole. Le représentant syndical a notamment insisté pour que les intérêts des ouvrières et ouvriers sont pris en compte dans la nouvelle constitution qui sera bientôt élaborée. La victoire «inattendue» des maoïstes au Népal (selon les diplomates occidentaux) ranime les débats sur le projet communiste, à la fois comme alternative et comme perspective de combat contre l’impérialisme et la mondialisation.
Ailleurs en Asie, des manifestations ont eu lieu notamment à Tokyo au Japon, à Séoul en Corée du Sud, à Bangkok en Thaïlande et bien sûr à Manille aux Philippines, là où se développe aussi un puissant mouvement démocratique et anti-impérialiste sous la direction du Parti communiste des Philippines. À Jakarta, au moins 10 000 Indonésiennes et Indonésiens (selon la police) ont également pris la rue, encore là pour dénoncer la hausse des prix des produits alimentaires.
En dépit de leurs différences (elles n’ont pas toutes eu la même ampleur et n’étaient pas nécessairement organisées par des forces authentiquement prolétariennes), ces actions témoignent du caractère international de la classe ouvrière et des aspirations révolutionnaires de millions d’oppriméEs, qui n’en peuvent tout simplement plus de vivre sous le joug du capitalisme et de l’impérialisme. Ces aspirations constituent un puissant ferment au développement du mouvement d’émancipation vers le communisme, qui renaît et est appelé à devenir l’enjeu principal du siècle.
