BELGIQUE
Un premier militant est libéré
DRE No18222 juin 2008[web ou pdf]

Plus de 500 personnes se sont rassemblées hier à Bruxelles devant les trois pénitenciers où sont encore détenuEs cinq militantEs du Secours rouge, arrêtéEs il y a deux semaines lors d’une rafle menée par la police belge. Celle-ci a prétendu déjouer un «complot terroriste», à propos duquel elle n’a pu toutefois présenter ne serait-ce que l’ombre d’un début de preuve.

La présence, parmi les militantEs arrêtéEs, de deux ex-membres des défuntes Cellules communistes combattantes (Pierre Carette et Bertrand Sassoye) aura permis à l’État belge de déployer un véritable climat d’hystérie, dans lequel la simple utilisation, par Sassoye, de feux d’artifice lors du mariage d’un de ses amis aura suffi à évoquer les scénarios les plus apocalyptiques!

Jusqu’à maintenant, quatre inculpéEs, dont Sassoye, sont accuséEs de «participation terroriste». Bien que le tribunal ait ordonné la remise en liberté de trois d’entre eux, les quatre restent emprisonnéEs, le parquet ayant fait appel de cette décision. Quant aux deux autres militants arrêtés, ils ont été simplement accusés de bris de condition. L’un d’eux, Jean-François Legros, poursuit une grève de la faim. Pierre Carette, quant à lui, a finalement été libéré mercredi dernier, après avoir passé deux semaines en prison. Le Tribunal d’application des peines, devant qui il a comparu, a jugé qu’il n’avait jamais brisé ses conditions de remise en liberté.

Néanmoins, l’arrestation de Carette aura permis à la police de faire un amalgame malhonnête, mais payant, avec les CCC (dont il fut une figure de proue), compensant ainsi le vide absolu du dossier d’accusation contre les quatre autres. Parallèlement, il faut savoir que la poursuite au procès des militants du «Parti communiste politico-militaire» qui se déroule actuellement en Italie, a évoqué de son côté l’arrestation des militantEs du Secours rouge de Belgique, amalgaméEs aux CCC, pour grossir la «preuve» présentée contre les militants italiens accusés de eux aussi «terrorisme»… ceci servant cela (et vice-versa).

Mercredi prochain, le 25, les quatre accuséEs comparaîtront de nouveau devant la Chambre des mises en accusation. La semaine suivante, Jean-François Legros et Bertrand Sassoye vont comparaître également devant le Tribunal d’application des peines, pour «bris de conditions». Il est encore temps – en fait, il est plus que temps – d’exprimer notre solidarité envers ces camarades.

Déclaration de Pierre Carette à sa sortie de la prison de Forest le 18 juin 2008

Jeudi 5 juin 2008. Je suis réveillé à l’aube par un boucan violent et des hurlements. La porte de mon petit appartement est enfoncée et des individus cagoulés et armés se ruent dans ma chambre. Je suis menotté et aveuglé dans mon lit. On m’habille sommairement et on m’emmène. J’apprends à la prison de Forest que j’ai été arrêté pour non-respect de mes conditions de libération.

J’ai été libéré en février 2003, après plus de 17 années d’un emprisonnement d’exception pour mon engagement dans les Cellules communistes combattantes. Je mène depuis lors une existence légale, je travaille, je milite en soutien aux prisonniers révolutionnaires dans le comité Solidarité/Liberté. Je n’enfreins d’aucune façon mes conditions de libération et rien ne peut justifier mon arrestation ni sa brutalité.

Au cours de la journée, j’apprends qu’une opération de police plus large est en cours et je comprends que mon arrestation est une manœuvre destinée à la dramatiser, à la surdimensionner. Les roquets de la presse se déchaînent: amalgames, calomnies, stupidités, tout y passe comme à l’habitude. La désinformation bat son plein.

Le parquet n’est pas en reste, il déclare que j’ai enfreint l’interdiction de rencontrer mes anciens camarades de lutte. Cette interdiction n’existe pas telle quelle dans mes conditions de libération. Le parquet ment.

Quand à partir de 1995 la question de nos libérations s’est posée, nous avons déclaré que nous refuserions toute condition à incidence politique, toute condition réduisant les libertés formelles conquises dans la lutte des classes: liberté d’expression, d’association, de circulation, etc.

Dans mon cas, la commission de libération a marqué son accord le 5 mars 2003 «pour que l’intéressé fréquente ses complices de manière naturelle dans le cadre de ses activités de militant».

L’opération de police déclenchée le 5 juin s’avère rapidement suspecte. Les nombreuses perquisitions sont infructueuses, les éléments à charge sont insignifiants, les inculpations reposent sur la nouvelle et funeste législation «antiterroriste».

Mercredi 11 juin, la chambre du conseil le confirme en libérant trois des quatre inculpés. Le parquet s’acharne et se pourvoit en appel.

Mercredi 18 juin 2008. Le tribunal d’application des peines rejette les allégations du parquet et rétablit ma libération conditionnelle. J’ai été jeté en prison pendant quatorze jours, de la façon la plus brutale et arbitraire, à la seule fin de promouvoir une instruction judiciaire bancale et de créer un climat propice à l’application de lois infâmes.

Cela s’appelle une prise d’otage. Son auteur a pour nom: le parquet du service fédéral justice.

La leçon à tirer de ces événements, et d’autres comme par exemple les manœuvres contre Bahar Kimyongür et ses camarades (procès DHKP-C), c’est la tendance réactionnaire à la répression politique, sur le modèle américain, dans notre pays. Manifestation de la crise générale dans laquelle s’enfonce la société capitaliste, cette répression va aller croissant. Nous vivons désormais à l’ombre menaçante des Guantanamo, des Abou Ghraib, des vols secrets vers les salles de torture.

Tous ceux qui se posent la question de la justice sociale, la question des libertés conquises dans la lutte des classes, tous ceux qui comprennent à présent qu’un autre monde est nécessaire doivent refuser cette tendance réactionnaire. Ils ont pour responsabilité de réunir les forces qui la renverseront. Sur ce plan, il n’y a rien d’autre à discuter.

Liberté pour les arrêtés du 5 juin 2008 en Belgique!

Liberté pour les arrêtés du 12 février 2007 en Italie!

Et je veux ajouter:

Liberté pour Georges Ibrahim Abdallah, camarade libanais emprisonné en France depuis 25 ans pour son juste combat antisioniste et anti-impérialiste!

Vive la solidarité internationale!

Pour le communisme,
PIERRE CARETTE

Pour suivre les développements de cette affaire et pour se solidariser avec les accuséEs, consultez régulièrement le site Web du Secours rouge de Belgique au www.secoursrouge.org.