Situation difficile pour la révolution au Népal
Partisan No4Le 27 mai 2011

Au moment de mettre sous presse, la prochaine étape de la révolution au Népal était toujours en suspens, à la veille de l’échéance du 28 mai 2011 pour la rédaction d’une nouvelle constitution.

Le Parti communiste unifié du Népal (maoïste) a émergé comme parti dominant à la suite d’une guerre populaire qui aura duré dix ans, et qui a vu les masses paysannes s’opposer aux seigneurs féodaux, à l’armée royale, à la police et au régime monarchique. Le parti s’est alors gagné l’appui de 80% de la population népalaise, incluant les paysannes et paysans, les travailleurs et travailleuses, les étudiantEs, les femmes et les autres groupes marginalisés.

Après avoir négocié un cessez-le-feu, les maoïstes ont été élus à l’Assemblée constituante et ont proposé une nouvelle constitution qui consacrerait la justice sociale et mettrait l’accent sur la souveraineté économique et politique du Népal. Si les maoïstes et les autres principaux partis ne s’entendent pas sur les termes d’une nouvelle constitution d’ici le 28 mai, il est possible que le mandat de l’Assemblée constituante soit prolongé d’une autre année – à défaut de quoi, le pays connaîtra ce que certains ont qualifié de «vide constitutionnel».

Au cours de la dernière année, le PCUN (maoïste) a également connu une âpre lutte de lignes à l’intérieur de ses propres rangs. Cette lutte oppose ceux qui souhaitent conclure le processus de paix à travers la promulgation de la Constitution, même si cela exigerait nécessairement des maoïstes qu’ils fassent des compromis sur certaines de leurs revendications fondamentales, et ceux qui soutiennent que le processus de paix ne pourra être mené à terme et que le temps est venu d’organiser une révolte populaire. L’un des trois vice-présidents du parti, Baburam Bhattarai, incarne le premier point de vue tandis que le deuxième est défendu principalement par un autre vice-président, Mohan Baidya (Kiran).

Le 26 avril dernier, le président du parti, Pushpa Kamal Dahal (Prachanda), a présenté un document politique qui modifie fondamentalement la stratégie politique du parti: la préparation de la révolte populaire fait désormais place à la réussite à tout prix du processus de paix; et toutes les mesures appropriées devraient être prises pour veiller à ce que l’Assemblée constituante soit prolongée. En réaction à ce tournant, la faction dirigée par Baidya a déposé une lettre de dissidence au comité central du parti; Baidya est allé jusqu’à accuser Dahal d’éclectisme et de révisionnisme.

Un élément central du désaccord réside dans le projet de fusion entre l’Armée populaire de libération (qui a mené la guerre populaire) et l’Armée népalaise. Alors que le président Dahal vient d’accepter la proposition visant à former une seule armée unifiée avant même de s’être entendu sur une politique de sécurité, la faction dirigée par Baidya considère que l’intégration des combattants maoïstes sans qu’il y ait un accord sur la politique de sécurité et avant même la promulgation d’une nouvelle constitution constitue une capitulation.

Il est difficile de prévoir comment les camarades maoïstes du Népal résoudront ces contradictions; les rumeurs d’une scission du parti se font d’ailleurs de plus en plus fortes. L’avenir nous dira ce qu’il adviendra du drapeau rouge qui flotte sur le mont Everest; mais nous demeurons confiants que les révolutionnaires du Népal sauront mener la révolution à la victoire.