JEAN-CLAUDE TURCOTTE
Le trou-du-cul de la semaine
DRE No19114 septembre 2008[web ou pdf]

Cela fait plus d’un an que nous avons décerné notre dernier titre de trou-du-cul de la semaine. C’est le propriétaire de la maison d’édition Les Intouchables, Michel Brûlé, qui avait été le premier (et dernier) récipiendaire de ce titre, apparemmentfort convoité (Arsenal-express, n°134, le 25 mars 2007). Celui qui devait par la suite commettre un album de chanson populaire pour le moins douteux avait mérité cet honneur pour avoir poursuivi en justice une jeune auteure de 12 ans dont il avait publié le manuscrit sans même le lire au complet, après qu’il eut été révélé qu’il s’agissait d’un faux.

Avec le déclenchement de la campagne électorale fédérale, l’occasion est belle de lui trouver un successeur : de fait, on semble se bousculer aux portes pour obtenir le titre.

Il suffit de jeter un œil du côté des nombreux bouche trous que les partis bourgeois appointent, sans trop vérifier de qui il s’agit, afin de pouvoir présenter des candidatEs dans toutes les circonscriptions. Déjà, le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, a dû en écarter deux – Simon Bédard et Ricardo Lopez – dont le racisme virulent à l’endroit des peuples autochtones en a fait des candidats « indésirables » (l’on sait qu’au Canada, il est tout à fait loisible à un parti politique d’appliquer une politique de génocide à l’endroit des nations autochtones; mais il ne faut pas le dire ouvertement, car cela pourrait ternir l’image de la « démocratie bourgeoise », qui doit demeurer présentable). Bédard et Lopez mériteraient certes tous deux le titre de trou-du-cul, quoique pas nécessairement plus que celui (Dion?) ou celle (Céline Hervieux-Payette?) qui ont accepté leur candidature, avant que leur passé les rattrape.

Mais la sortie publique de l’archevêque du diocèse de Montréal de l’Église catholique romaine, Jean-Claude Turcotte, qui a renoncé à sa médaille de l’Ordre du Canada pour protester contre la remise de la même distinction au docteur Henry Morgentaler, lui vaut notre reconnaissance enthousiaste comme trou-du-cul distingué.

Le docteur Morgentaler, on le sait, est un héros de la lutte pour le droit des femmes à l’avortement et à la santé, à laquelle il a consacré une bonne partie de sa vie. Bien que nous n’ayons quant à nous aucun attachement particulier à cette institution plutôt rétrograde qu’est l’Ordre du Canada, nous reconnaissons d’emblée le docteur Morgentaler comme un défenseur courageux et exemplaire des droits du peuple.

Farouche adversaire du droit des femmes à disposer librement de leur corps, le cardinal Turcotte a donc choisi de renoncer à sa propre distinction en disant qu’il croyait que l’Ordre du Canada devait être réservé à des personnalités « non controversées » et qui font consensus. Dommage que ça lui ait pris 12 ans pour décider de retourner sa médaille : les personnages comme Turcotte, qui considère les actes posés par un prêtre pédophile de son propre diocèse comme étant une simple « erreur de comportement » (La Presse, 12/09/2008) suscitent en effet pas mal de « controverse » parmi le peuple…

Honte à Turcotte, donc, mais aussi à tous ceux et celles qui accordent un soutien politique et économique à l’institution réactionnaire qu’il dirige, et qui sont souvent d’ailleurs les mêmes à ostraciser les religions des minorités opprimées.