DRE No156 • 14 octobre 2007 • [web ou pdf]
IDENTITÉ NATIONALE VS IDENTITÉ DE CLASSE: DANY LAFERRIÈRE SE PRONONCE. Dans le cadre de la chronique qu’il tient à chaque lundi à l’émission Bazzo.tv diffusée sur les ondes de Télé-Québec, l’écrivain Dany Laferrière a tenu des propos extrêmement pertinents – et beaucoup trop rares, malheureusement – à propos des travaux de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, dont les audiences se poursuivent un peu partout en province. Le point de vue de Laferrière rejoint celui que nous avons nous-mêmes exprimé il y a un mois (Le Drapeau rouge-express n° 154, le 16 septembre 2007), quand nous avons écrit que le «malaise identitaire québécois», s’il en est, tient surtout à la disparition de la conscience de classe au profit de l’unique conscience nationale. Dans sa chronique du 1er octobre, l’écrivain a en effet tenu ces propos, au grand étonnement de l’animatrice et ex-militante anarchiste de l’UQAM, Marie-France Bazzo:
«Tout le monde sait qu’il y a des riches et des pauvres, des ouvriers et des bourgeois; pourtant, on n’en entend jamais parler. Les intellectuels québécois ont surfé sur ce mensonge, si bien qu’on est maintenant dans une sorte de vide intellectuel. Les intellectuels ne savent pas quoi dire devant la nouvelle situation – celle de l’immigrant. L’immigrant, qui est surtout identifié comme Arabe et noir, est d’une race différente. Or, on ne peut pas “rentrer” dans la race blanche rapidement; par contre, on peut s’intégrer rapidement à la classe sociale, à la classe ouvrière. Si on avait un discours basé sur les classes sociales et sur la classe ouvrière, eh bien ! il n’y aurait pas tout ce débat sur le multiculturalisme. Parce qu’il n’y aurait pas de “communautés culturelles”. Les riches immigrants se mettraient avec les riches Québécois et formeraient la classe des bourgeois. Les pauvres immigrants se mettraient avec les pauvres Québécois et formeraient la classe ouvrière. Mais qu’est-ce qu’on voit à la télévision durant la commission Bouchard-Taylor? On voit uniquement des pauvres insulter d’autres pauvres. On leur laisse la parole, on leur laisse le débat sur l’identité. Alors, les pauvres se bouffent entre eux, pendant que le riche regarde tout ça de l’extérieur. Parce que lui – le riche – ne participe jamais à ce genre de débat sur l’identité: il est bien trop occupé à faire du fric…»
Reste à voir, maintenant, s’il y aura au Québec unE autre intellectuelLE – unE seul autre! – pour prendre le relais de Dany Laferrière…
ÉLECTION PROVINCIALE EN ONTARIO: TAUX RECORD D’ABSTENTION. Les médias québécois se sont surtout attardés sur le fait que même s’ils étaient donnés perdants il y a deux mois, les libéraux de Dalton McGuinty ont néanmoins été reportés au pouvoir suite aux élections qui ont eu lieu mercredi dernier en Ontario. Mais peu ont fait état du faible taux de participation enregistré lors de ce scrutin, qui a atteint un creux historique de 52,8%. Cela, malgré le fait que le vote était doublé d’une consultation référendaire visant à établir un système de représentation proportionnelle mixte. Cette proposition fut d’ailleurs massivement rejetée par l’électorat: décidément, les forces «de gauche» qui se consacrent à revamper le vieux système parlementaire bourgeois ne sont pas à la veille d’atteindre leur objectif…
Il y a quatre ans, déjà, le taux de participation à l’élection ontarienne avait chuté à 58%, ce qui avait fait dire à la Coalition ontarienne anti-pauvreté (l’OCAP) que «contrairement à ce que prétendent certains snobs, le sentiment d’indignation un peu passif qui recouvre ce rejet des élections cache un profond sentiment de colère et de mécontentement» face au
système. Il faut croire que certains ne se résoudront jamais à se mettre au diapason de la colère des masses. Ainsi, le vieux Parti communiste canadien révisionniste a encore une fois présenté sa petite brochettes de huit candidates et candidats (sur les 107 circonscriptions électorale que compte la province), qui ont obtenu quelque… 1 715 votes, soit 0,04% des suffrages exprimés (une chance pour eux qu’on ne tient pas compte des abstentions!). Pour les férus de statistiques, précisons qu’il s’agit là d’une baisse de 0,01% par rapport au scrutin de 2003. Est-ce ainsi, vraiment, que certains pensent en arriver à «changer le système»?
Pendant ce temps, pour la première fois depuis 40 ans, aucun bureau de vote n’a été installé sur le territoire mohawk de Tyendinaga, situé dans le centre de l’Ontario. Habituellement, Élection Ontario installe un bureau de scrutin au Centre communautaire mohawk; sur environ 1 500 électeurs et électrices inscritEs, environ 200 exercent le droit de vote que l’État colonialiste daigne leur conférer. Mais cette année, compte tenu de la lutte qui se poursuit pour faire valoir les revendications territoriales toujours non résolues de la nation mohawk, Élection Ontario fut contrainte de déménager son bureau de scrutin à l’extérieur de la réserve. Dans une lettre, le conseil de bande de la réserve a expliqué à Élection Ontario que «la question de permettre la tenue d’une élection provinciale alors même qu’une série de dossiers traînent impliquant le gouvernement, s’avère très litigieuse au sein de notre communauté».
L’ARMÉE CANADIENNE SOUHAITE RECRUTER DES ENFANTS AU SAGUENAY. Un reportage exclusif mais malheureusement peu diffusé de la Société Radio-Canada nous apprenait cette semaine que les Forces armées canadiennes vont participer à un «projet éducatif de valorisation de la carrière militaire» à l’école primaire Saint-Charles-de-Bourget, au Saguenay. Eh oui!, vous avez bien lu: on parle ici d’une école primaire, destinée aux élèves âgéEs de 6 à 11 ans. Selon la SRC, des rencontres avec des militaires sont prévues au programme, ainsi que des «activités sportives inspirées de la formation militaire» (plus communément appelées drill), en plus d’activités d’appui aux soldats canadiens en Afghanistan.
Apparemment, la direction de l’école aurait indiqué clairement dans une lettre que l’activité vise à faire la promotion de la carrière militaire et à appuyer la mission des Forces canadiennes en Afghanistan. L’initiative aurait reçu l’appui du conseil d’établissement de l’école, composé en partie de parents, et de la Commission scolaire de Jonquière. Le responsable des communications de cette dernière, Christian St-Gelais, précise: «On voulait vraiment faire comprendre aux jeunes qu’est-ce que le métier de militaire avec ce que ça comporte au niveau conditionnement physique.» Décidément, les spécialistes en relations publiques nous étonneront toujours.
Qu’un tel projet ait été mis en branle – eut-il été seulement envisagé que cela aurait déjà été scandaleux – dépasse tout entendement. On aura beau dire qu’il s’agit d’une initiative prise par quelques parents, il n’en reste pas moins que le fait que l’armée canadienne ait accepté d’y donner suite en dit long sur la volonté des militaires – et du gouvernement Harper – de laver le cerveau de la population québécoise et canadienne, largement opposée, a priori, à l’occupation canadienne en Afghanistan.
Historiquement, les syndicats de profs et les associations étudiantes se sont toujours battuEs pour empêcher l’armée de venir faire son recrutement dans les institutions scolaires. Cela valait pour les écoles secondaires, les cégeps et les universités. Désormais, les murs de nos écoles primaires devront à leur tour retentir du cri de l’armée, hors de nos écoles! et à bas la guerre impérialiste!